mercredi 23 août 2017

Jean Wycke, pianiste de l’Excentric-Moulins


Jean Wycke


La récente création d'un site consacré à ce quartier de Dunkerque-Rosendael, me donne l'occasion de partager ce texte. Jean Wycke l'avait rédigé à la demande de ses enfants, pendant une période de convalescence.
Il y aborde sa formation débutée en 1926 à l'académie de musique de Dunkerque. Après les deux années, obligatoires, de solfège, il peut enfin entrer dans la classe de piano dirigée par Alydor Olivier, puis dans la classe de violon de Louis Dondeyne. En 1937 il est admis dans l'orchestre symphonique dunkerquois "Les Artistes Musiciens" au pupitre de second violon. Il est appelé au service militaire en juillet 1939, au 110e RI, à Dunkerque. Il y est fait prisonnier le 4 juin 1940. Après un camping d'environ deux semaines dans les dunes situées entre le boulevard Verley et l'avenue des Bains actuels, il est envoyé au Stalag VIII A. Il est libéré en avril 1945 par les Américains.

[…] Le premier dimanche de juillet 1947 je débutais à l’Excentric-Moulins et je ne me doutais pas ce jour là que j’y passerais tous mes dimanches pendant plus de quinze ans. En 1947, Rosendael et particulièrement ce quartier Excentrique, se situait quasiment à la campagne. Quelques maisons d’un style particulier entouraient le dancing, mais les rues Dumez, Albert Cys et Albert Mahieu ne contenaient que quelques maison dont un café, le Val d’Or, qui servait souvent d’abreuvoir à nos danseurs assoiffés. Il ne pouvaient pas se permettre de se désaltérer au dancing, les prix des consommations y étant probablement trop élevés pour leur bourse. Dans l’enceinte de l’établissement mais en dehors de la salle de dancing, les propriétaires avaient aménagé une piste en plein air et il n’était pas rare en été d’y voir des couples évoluer. Des bosquets de verdure étaient disséminés autour de cette piste, s’ils avaient été dotés de parole, que d’histoires auraient-ils pu raconter…
Deux catégories de danseurs fréquentaient assidument l’Excentric-Moulins, les jeunes gens remplissaient la salle dès le début de soirée entre 17h et 21h. un vide se produisait alors mais très vite des couples plus âgés arrivaient et terminaient la soirée en notre compagnie. Nous n’allions que rarement au delà de minuit. Le père Reynaert n’aimait guère nous payer d’heures supplémentaires, mais j’avoue qu’après sept heures de musique ininterrompue, nous n’étions pas fâchés d’arrêter.
Nous étions six musiciens au début. C’est là que je fis la connaissance de Roger Naert, devenu par la suite une vedette dunkerquoise de jazz. L’un d’entre nous, saxophoniste, avait l’habitude chaque dimanche vers 21h de casser une petite croûte, ne quittant pas sa place. Entre deux danses, il sortait de sa serviette une bouteille thermos pleine de café chaud, un sandwich au pâté, un autre au fromage et terminait son repas par une pomme ou une orange. Nullement gêné par les quolibets que lui lançaient les danseurs et ses collègues musiciens, il terminait ce festin en se roulant une cigarette de tabac gris. Il reprenait son saxo dont, trois fois sur quatre, le pavillon avait été rempli d’un tas d’objets hétéroclites par son voisin de pupitre. Il lui fallait encore dix bonnes minutes pour extirper tout cet attirail et se remettre enfin à travailler.
Nous n’étions pas tous comme lui, heureusement, car les clients n’auraient pas tardé à disparaître au profit d’autres dancings. Ceux-ci étaient nombreux dans les années ’50 et tous étaient remplis car il n’y avait rien à Dunkerque pour se distraire sauf un cinéma “Le Palais Jean-Bart”. C’était la belle époque pour les musiciens, il ne manquait pas de travail, le répertoire était varié et agréable et je m’amusais certainement autant, sinon plus, que les danseurs. […]
En 1949, la formation de l’Excentric-Moulins se rétrécit. Nous nous sommes retrouvés à quatre musiciens, dont Jean Legrand, dit “Johnny”. Il chantait très agréablement. Longtemps il fut la vedette de notre ensemble et attira une nombreuse clientèle. C’était la coqueluche de l’Excentric. C’est avec lui que je perfectionnais mes accompagnements. Il chantait un refrain, le piano en reprenait un autre simplement soutenu par une basse et une batterie. Les slows, boléros et autres succès maintenaient longtemps les danseurs sur la piste à la grande fureur du père Reynaert qui estimait alors que nos séries étaient trop longues et que lorsqu’ils dansaient, les clients ne consommaient pas. Lorsque la série des tangos arrivait, le fils Reynaert venait en renfort et se mettait au piano pendant que je jouait du violon. Même formation pour les pasodobles, je n’avais pas le temps de m’ennuyer. […] 
Cela dura cinq ou six ans, [… puis] notre groupe fut disloqué et, resté seul, j’étais chargé par le père Reynaert d’en former un autre. Plusieurs musiciens se succédèrent alors, parmi ceux-ci, Bernard Storck, il chantait agréablement et jouait de la clarinette et du saxo. C’était un charmeur et il plaisait au public. J’avais fait la connaissance entre temps de Marceau Reys, c’était l’un des meilleurs accordéonistes de la région, il jouait également de la batterie et de la clarinette. Très souvent j’étais sollicité pour participer aux bals de carnaval ou aux soirées qui se renouvelaient chaque année et c’est ainsi que je fis la connaissance de la plus plupart des musiciens de la région : Léonce Rose, Gérard Talleux, Nèche Vermet, Paul Garein, Edmond Reynot, etc. Si l’un d’eux venait parfois le dimanche en balade à l’Excentric accompagné de son épouse ou à l’époque de sa fiancée, il ne pouvait échapper à la tentation de la laisser un moment pour venir se joindre à nous et de donner à notre formation un timbre supplémentaire. Il jouait un morceau ou deux et retournait ensuite rejoindre la délaissée, pas toujours très contente de cet abandon momentané. Notre effectif normal de quatre se trouvait parfois doublé par l’apport momentané de quelques copains venus prendre un verre avant de rentrer chez eux. Nous pouvions ainsi aborder un répertoire tout à fait différent. Le temps semblait passer plus vite et les copains bénévoles bénéficiaient ainsi d’une tournée d’apéros offerts par le patron. 
J’avais la charge de remplir la feuille de droit d’auteur, corvée dont je ne serais volontiers passée. Chaque morceau joué devait être inscrit, mais il m’arrivait parfois d’en oublier, voire même d’en rajouter. Un dimanche où j’avais été particulièrement négligent, l’Excentric fut contrôlé et passible d’une amende. Je me pointais à la SACEM et j’eu droit à un rappel verbal au règlement.
La piste de danse, magnifique parquet ciré, commençait, au fil des années, à souffrir. Les talons pointus des filles avaient largement contribué à ce déclin et parfois le père Reynaert, muni d’un marteau et de quelques pointes, venait au milieu des couples de danseurs s’attaquer à quelques menues réparations. L’orchestre bénéficiait alors d’un second percussionniste dont le rythme n’avait rien à voir avec celui du morceau interprété. Le trouble était jeté aussi bien chez les danseurs que chez les musiciens. Nous arrêtions alors spontanément et debout, nous applaudissions le soliste improvisé, rejoints aussitôt par les danseurs. Notre patron allait alors remiser ses instruments, remettant au lendemain la réparation de son parquet. Et la danse reprenait.

l'orchestre de l'Excentric-Moulins en 1954
de G à D, Jean Reynaert, Edmond Reynot, Marceau Reys
 Robert Groux et Jean Wycke
collection personnelle


[…] Durant toutes ces années, j’étais resté fidèle à l’Excentric et après le départ de Bernard Storck, je formais un autre quatuor : Edmond Reynot, Robert Groux, le fidèle Marceau Reys et moi-même animions les soirées dançantes dominicales. C’était alors la grande vogue du cha-cha-cha où les danseurs se tenaient par groupes et évoluaient ainsi par rangées de 20 à 30, un petit tour en avant, un petit tour en arrière. Du haut de notre podium, c’était pour nous un spectacle amusant et nos danseurs en redemandaient souvent. […]
L’ambiance à l’Excentric, comme d’ailleurs dans les autres dancings dunkerquois, commença un peu à la fois à décliner, vers les années 63-64 commençait la période du rock, l’apparition des guitares électriques, des groupes tonitruants de jeunes gens braillant en anglais et revêtus de déguisements multicolores dignes de notre carnaval. 1968 approchait et déjà la révolution commençait […] L’Excentric-Moulins fermait ses portes et ne devait d’ailleurs jamais les rouvrir. […]


Témoignage de Jean Wycke (1919-2002), extrait de “Souvenirs, 60 années de musique”, tirage limité, Dunkerque, 1987

*****

collection personnelle

*****

Jean Reynaert, directeur de l'Excentric-Moulins, est aussi compositeur

La rumba des Pantins
par l'orchestre musette de Jo Reno




Le soir dans les faubourgs
paroles de Félicien Ouvry, musique de Jean Reynaert
interprétée par Arlette Rucart
collection personnelle



mercredi 26 juillet 2017

Arlette et René Rucart


La Radio du Nord 1929
collection personnelle


Né à Velaines (B) en 1854, Florimond Antoine Rucart épouse, à Lille en 1890, Léonie Delporte née à Esplechin (B) en 1864.  Florimond est journalier, il est à Lille depuis 1878. En 1896 à Lille, 51 rue du Chevalier Français, nait leur fils Florimond. Le couple se sépare vers 1900/1910 et Léonie déménage à Amiens avec son fils, où elle demeure avec Alexandre Fauvaux, cordonnier, 20 rue Jeanne Natière.  Florimond fait la connaissance d'Arlette Barbier, née à Amiens en 1903. Domiciliée rue Rigollot, elle est la fille de Raoul, représentant de commerce aux Nouvelles Galeries d'Amiens, et Zélia Parent, couturière. Elle obtient un 1er prix de chant du Conservatoire d'Amiens vers 1918/1920. Ils se marient à Amiens en 1921.
Le couple chante régulièrement dans la Somme et dans l'Oise, notamment à Senlis en février et novembre 1927. Le Courrier de l'Oise nous décrit les qualités artistiques de Mme Rucart : "Toujours gracieuse, à la voix délicieuse et expérimentée, elle fut longuement applaudie dans ses chants, aussi bien dans le fabliau Jean de Nivelle, Que ne peut-on rêver toujours,  que dans Micaela de Carmen, mais dans le Rire de Manon Lescaut, elle électrisa l’assistance". Son époux est également apprécié : "M. Rucart n’est pas un amateur, mais un artiste de valeur, à la voix prenante et juste, à la mimique remarquable. Toutes ses chansons depuis La Victoire de Madelon, Boyer, Assez de bas de soie, A Travers les grilles, Faut jamais dire ça aux femmes, La pluie, le vent, la neige jusque Les Maisons de notre village, furent pour  lui un succès. Comme Mme Rucart, il fut chaleureusement applaudi."
Après un séjour de quelques années à Senlis, le couple quitte la Picardie pour Lille, Florimond devient René, et en mai 1928 on les entend sur les ondes de Radio PTT Nord. La radio de Lille vient d'être créée quelques mois plus tôt, et organise chaque mois des "audition d'essai au microphone" pour recruter des artistes "et voici comment se passe ces auditions d'essai. Un mardi soir (à cause du relais fédéral qui laisse le studio disponible), les postulants sont convoqués, auparavant à la Porte de Paris, maintenant [1934] à la Maison de la Radio [36 boulevard de la Liberté]. Dans une des grandes salles du reez-de-chaussée, un piano, un micro, un téléphone sont installé. Au bout du micro, un amplificateur réuni, d'autre part, à un poste récepteur branché dans une autre salle tout à fait indépendante de la première. Dans cette salle, une commission d'écoute, composée d'une dizaine de personnes, appartenant à la Commission des Programmes, et susceptibles  par leur compétence spéciale, de donner un avis sage et sincère sur la valeur du talent qui, à l'autre bout du fil, se produit. Ces personnes ne connaissent pas le nom des artistes. Ceux-ci sont désignés par un numéro et les notations individuelles des commaissaires s'établissent de 0 à 10. Selon leurs affinités, certains apprécient plus spécialement le caractère musical des voix, leur tessiture, leur pureté, leur articulation. D'autres envisagent mieux le rendement technique, si on peut dire : saturation facile du microphone, rendement radio électrique des nuances. […] Aucun artiste, s'il n'a obtenu au moins la moyenne de 5, n'est déclaré admissible, sans que cette décision empêche d'ailleurs, ultérieurement, un essai qui, peut-être, sera plus heureux. […]" Léon Plouvier, directeur de Radio PTT Nord.


collection personnelle


Le couple de chanteurs passe régulièrement à l'antenne et la revue La Radio du Nord s'en fait écho : "Les habitués de la station connaissent la délicieuse voix de Mme Rucart. D'une musicalité et d'une justesse parfaites, douée d'un timbre qui, à aucun moment, — chose extrêmement rare chez les femmes, ne sature pas le microphone — la voix de cette brillante artiste est, sans contredit, une des plus belles qui soit assidûment diffusée par Lille.
Madame Arlette Rucart a obtenu à l'unanimité le premier prix du Conservatoire d'Amiens et eut l'heureuse fortune de décrocher l'an dernier, le prix d'honneur du Concours International de Solistes organisé par la Fédération des Sociétés Musicales du Nord et du Pas de Calais.
Ses parutions au microphone, en interprétation de mélodies mais surtout en opérettes dont elle a donné de nombreuses auditions inédites à Lille, sont toujours fort attendues et goûtées des auditeurs.
Le dernier concert au cours duquel Radio PTT Nord a pu diffuser sa voix délicieuse — le concert des Cheminots au Ramponneau — le 8 décembre, a été un véritable charme pour les auditeurs, rivés chez eux en cet après-midi de dimanche balayé de tempête.
Aux côtés de Madame Rucart, les auditeurs ont souvent le plaisir d'entendre son mari M. René Rucart que Radio PTT Nord utilise assez fréquemment comme chanteur de genre et d'opérette. M. Rucart déploie au cours de ces auditions de brillantes qualités. On se souvient avec le plus vif plaisir des délicieuses opérettes interprétées par lui : Pierrot puni, Pierrot aviateur, La Fille du charbonnier, Lizchen et Fritchen, et  qui furent proposées par lui à la station. Petites choses légères, aimables que l'auditeur écoute avec intérêt parce qu'elles délassent heureusement des fatigues du travail et qu'elles apportent à l'écoute une variété précieuse aux grandes diffusions.
M. René Rucart apporte, à ces auditions, la gaieté, la sureté vocale et musicales qui font les artistes aimés du public. Sa parution sur scène a d'ailleurs en tous points confirmé à maintes reprises, les qualités de cet excellent artiste." [La Radio du Nord, décembre 1929]
Arlette est une des animatrices des Matinées Enfantines, créées par Léon Plouviet, alias Grand Papa Léon, dès les débuts de la radio "Une des perles de Radio PTT Nord, et comment en douter ? A l'heure où paraissent ces lignes [1933] près de cinq mille petits ont souscrits une adhésion spéciale de friquet." [Annuaire de la Radiodiffusion Nationale]


le tour de micro sur Radio PTT Nord
collection personnelle


La radio diffuse aussi, en direct, leurs récitals chaque mois, puis à partir de 1930, chaque semaine, avec d'autres vedettes plus connues de la station, comme Bertal, Guy Berry, Daudelin, Line Dariel, Léopold Simons, Maurice et Marguerite  Lecomte.


collection personnelle

Leurs activités radiophoniques semblent s'arrêter pendant la guerre et ne reprennent pas ensuite. Je sais seulement qu'Arlette Rucart est directrice artistique de l'agence Nord Spectacles, dirigée par Bertal et devient la correspondante régionale de l'Agence Paris-Music Hall. Elle décède à Longpré-les-Corps-Saints (Somme) en 1968 et est inhumée au cimetière du village et où la rejoint son époux qui décède à Lille en 1975. Un contact récent avec le gendre de la seconde épouse de René Rucart, nous apportera, je l'espère, plus d'informations sur les parcours artistiques de ces deux Lillois d'adoption.

à suive…

Christian Declerck

Sources : La Radio du Nord, Le Journal de Roubaix, Le Courrier de l'Oise, état civil de Lille, Amiens, recensement d'Amiens, Annuaire de la Radiodiffusion Nationale, 1933, 1934, catalogue BNF.

Discographie

Malgré les nombreux passages en radio, ces deux chanteurs ont assez peu enregistré, voici les quelques références relevées dans le catalogue de la BNF et dans ma collection :

Arlette Rucart
- Les Dragons de Villars, Il m'aime, disque Cristal 5266
- Mam'zelle Nitouche, le Soldat de plomb / Babet et Cadet, disque Cristal 5267
- Véronique, couplet d'Hélène / les Saltimbanques, la Bergère Colinette, disque Cristal 5265
- Console-moi (P. Manaut, R. Solry), disque Cristal

René et Arlette Rucart
- On s'aime bien… nous deux (P. Manaut, R. Solry et P. Drucbert), disque Cristal 5516 (1933)

René Rucart
- Tiens-moi dans tes bras, disque Cristal 5516 (1933)
- Si j'avais des sous-sous / Ma femme croit que je m'amuse, disque Parlophone 85214 (1935)
- C'est tout le printemps / En sifflotant, disque Cristal 5515
- Tout l'pays l'a su / C'est sa java, disque Parlophone
- Dans la forêt de Chantilly, java (R. Leblond, V. Marceau et E. Pellemeulle, disque Parlophone
- Je suis amoureux / La valse à grand-papa (R. Leblond, V. Marceau et E. Pellemeulle) (1935)
- Mon vieux Faubourg (P. Manaut, V. Marceau et E. Pellemeulle)


Mon vieux Faubourg
par René Rucart

*****

Quelques exemples extraits de leurs répertoires





collection personnelle


dimanche 9 juillet 2017

Lietta Freckal, 1922-2017

mise à jour du 25/9/2017, ajout d'un lien vers l'article de Nord Littoral
mise à jour du 9/7/2017, ajout d'un montage-vidéo des photos de Lietta




Sa fille, Martine Courtin-Deguines, vient de m'apprendre la triste nouvelle, Juliette est décédée vendredi 1er septembre 2017 en fin d'après midi. Elle était née à Calais le 14 décembre 1927, fille de Frédéric et Jeanne Prévost.

Le journal Nord Littoral fait paraître cet article le 24/9
suite à cet article une réaction de Paulette SAISON le 7/10

******


collection personnelle





Martine Courtin-Deguines a retrouvé deux albums photos de sa mère, au fond d'un panier de vêtements, elle m'a demandé de les ajouter à cette page. Pas de musique d'accompagnement, il n'existe pas, hélas, d'enregistrement de Lietta Freckal.




à regarder plein écran


On y retrouve ses amis artistes : Albert Demeulemester, alias Bertal (directeur d'une agence artistique lilloise), Robert Jordens, alias Ch'Guss (le comique patoisant boulonnais), Serge Davri, Jeanny Stander, Jacques Nellos, Jean Jarrett, Emile Lamour, alias Gilbert Elmy, et Victor Charlier, le chef d'orchestre de Radio-Lille.

C Declerck



*****


Extrait d'une coupure de presse non identifiée, non datée (archives municipale de Boulogne sur Mer)


"Charly Yorel nous parle de la chanteuse calaisienne Lietta Freckal
Pour situer Lietta Freckal, nous ne pouvons mieux faire que d'entendre Charly Yorel nous parler d'elle. Le sympathique artiste régional que nous avons applaudi fréquemment est en effet à l'origine de la carrière artistique de Lietta Freckal.
C'est en 1949, nous précise-t-il, que j'ai entendu pour la première fois la jeune Calaisienne. Je tiens tout d'abord à vous dire que Lietta, qui est la plus charmante fille que j'ai connu, tient à l'orthographe correcte de son nom qui comporte 13 lettres. Cette petite exigence est la conséquence d'une innocente superstition.
A cette époque je participais à un gala de variétés organisé par la société Concordia, au théâtre de Calais. Je venais de me produire dans un numéro de prestidigitation et, en coulisse, je remettais en ordre mon matériel. Une jeune chanteuse m'avais succédé en scène et ses accents étaient si prenants, sa personnalité tellement évidente, que je subis une impression indéfinissable qui me cloua sur place.
C'était Lietta Freckal qui chantait. Elle interpréta l'Accordéoniste et Hymne à l'Amour avec un talent que lui aurait envié Edith Piaf. Son succès fut éclatant.
Quand Lietta sortit de scène je lui fais la proposition de la joindre à mes camarades et à moi-même dans les futurs programmes que nous avions l'intention de donner dans la région boulonnaise.
Lietta accepta et débuta avec notre petite troupe à Boulogne, en juin 1950, lors d'un gala donné à l'occasion du centenaire des Etablissements Baignol et Farjon. Son talent de chanteuse réaliste impressionna profondément l'auditoire."
"Mariée à M. Pierre Deguines, instituteur, elle s'appelle Juliette Frère. C'est Jack Nellos, l'animateur de Concordia qui lui trouva ce diminutif de Lietta complété pour le nom de la première syllabe de son nom de jeune fille auquel il ajouta "ckal"… parce qu'elle était de Calais. Elle est musicienne et a appris le violon, ce qui lui permet de toujours interpréter ses chansons dans les meilleures conditions.


à 00:37 on aperçoit Lietta 

La B.B.C. vient à Calais

La jeune téléphoniste suivit Charly Yorel dans de très nombreux concerts donnés dans la région et même au delà. Puis un jour, la B.B.C. traversa le Détroit avec tout son matériel, pour faire un reportage sur Calais. Il s'agissait plutôt d'une série de courts reportages qui allait permettre à la télévision britannique d'évoquer le Calais sportif, commercial, industriel et artistiques On ne manqua pas de faire appel à Lietta, qui allait ainsi devenir une vedette remarquée des téléspectateurs britanniques. l'un d'eux, et non des moindres, sir Eric Fauwcette, metteur en scène à la B.B.C. télévsionna le reportage sur Calais. Il entendit et vit Lietta qui le bouleversa au plus haut point.
Ce technicien du grand service anglais n'avait pas encore fixé son choix sur la chanteuse qui devait figurer dans le programme du Salon de la Télévision. Celui-ci devait s'ouvrir dans les jours suivants. Il avait, auparavant, pensé faire passer Edith Piaf dans son tour de chant. L'audition et la vision de Lietta Freckal modifia son projet primitif. Il téléphona le lendemain à Calais et fit à la jeune artiste une proposition très intéressante pour passer à la B.B.C. […] Lietta interpréta une demi-douzaine de chansons dont La vie en rose, succès dont les Britanniques sont aussi friands que des fantaisies sur Carmen. Son succès fut entier. Le lendemain Le Ciros, grand cabaret de Londres, offrait à la jeune Calaisienne un engagement de trois mois pour lequel il proposait 1.200.000 francs. Elle devait passer tous les soirs dans un tour de chant réaliste. Lietta n'accepta pas. […]"

photo de presse, collection personnelle



Témoignage de sa fille Martine Courtin-Deguines (juillet 2016)


Sa première prestation publique, elle l'avait faite en 1947, lors de la grève chez Brampton. Il y a eu une photo prise de haut, où on la voit chanter en robe à fleurs, avec les grévistes assis par terre. Elle a aussi participé à quelques revues avec André Culié, juste après la guerre, plutôt des petits rôles, et elle a toujours refusé de jouer la Zabel de la revue de Boulogne sur Mer montée par Jean Jarett. Mon père ne voulait pas, il disait qu'elle allait se dévaloriser.
Ma mère a été choisie pour représenter la France pour la première liaison Eurovision Grande Bretagne - Continent en 1950. Elle avait 22 ans. A la suite de ce passage (elle avait chanté La Vie en Rose) les Anglais ont envoyé une avalanche de lettres à la BBC pour savoir qui était cette jeune femme qui chantait si bien, et qui n'était pas vulgaire comme Piaf (authentique ! c'est ce qui ressortait de la plupart de ces courriers). Un certain Picket-Wilkes (que j'ai connu, il est venu souvent à la maison avec son épouse et il devait être un peu amoureux de ma mère) qui était quelque chose comme directeur des programmes de variétés à la BBC, il l'a fait revenir. Elle a chanté à nouveau La Vie en Rose, partiellement en Anglais, cette fois, et la BBC lui a offert un contrat d'exclusivité, ce qui n'était pas rien à l'époque. Il fallait venir s'établir en Angleterre, et ma mère a refusé (sous la pression de mon père, je le sais, qui avait peur de l'aventure).

Studio BBC Radio, La Semaine du Nord, février 1955
photo Roger Tollens
collection personelle


A l'époque, ils étaient fonctionnaires tous les deux, et la sécurité lui importait plus qu'une hypothétique carrière artistique. Ils avaient connu la guerre (mon père, refractaire au STO, a vécu caché pendant deux ans) et ses privations (ma mère était réfugiée dans l'Est avec ses soeurs et sa mère, mon grand-père, sapeur-pompier, étant réquisitionné à Calais et elles ont eu faim), ceci peut expliquer cela. Elle a continué les concerts en France, tout en gardant son emploi au central téléphonique de Calais. En 1955, pour fêter les 5 ans de l'Eurovision, la BBC avait invité tous les protagonistes de la première émission. Elle a été à nouveau conviée à la BBC, mais pour un passage assez bref, qui a, à nouveau, donné lieu à des demandes importantes de la part du public. Re-proposition de contrat, un vrai pont d'or me semble-t-il. Là, elle a nouveau refusé. Tout comme elle a refusé d'être mutée à Strasbourg, où les PTT lui avaient proposé un poste aménagé et se proposaient de sponsoriser sa carrière. Oui, ça, c'est exact, même si ça parait amusant et incroyable. Là encore, refus de mon père. Et fin de l'espoir d'une carrière internationale, et même d'une carrière tout court.
Car, entretemps, il y avait l'imprésario de Piaf qui intervenait régulièrement pour empêcher la parution des articles la concernant en France.
Elle a continué de chanter dans des galas régionaux, et en aussi en Normandie, tout en continuant de travailler aux PTT. Les tournées d'été La Voix du Nord, Kermesses de la bière à Maubeuge, premières parties d'artistes parisiens venus se produire dans le Nord.

Des souvenirs

Souvenir des paroles des chansons que ma mère affichait sur le papier peint de la cuisine pour les apprendre (mon père et moi en savions aussi long qu'elle à force !) des chansons apprises et répétées sur le vieux Gaveau du salon, ma mère sérieuse, concentrée, qui "sentait" du premier jet paroles et musique en même temps, et qui n'en variait pas. Si elle n'aimait pas, ne sentait pas une chanson, elle ne la prenait pas à son répertoire. Et mon père qui s'arrachait les cheveux, parce qu'il fallait transposer les chansons à cause de la tessiture de ma mère, qui chantait dans un ton pas possible. On s'y collait le jeudi après-midi, à recopier les chansons transposées, lui et moi (j'étudiais le piano, ça me faisait un bon exercice) Il y avait une foule de documents dans une valise (coupures de presse, photos, affiches etc.) chez mes parents. Mais quand mon père a mis en vente la maison, il a passé une semaine à brûler des tas de choses, dont tout ce qui avait trait à la carrière de ma mère, y compris ses dernières robes de scène et d'innombrables photos et souvenirs personnels et professionnels. Je n'ai pas récupéré grand chose. Je suppose qu'il voulait que tout cela disparaisse avec eux. Sur la fin, il était un peu spécial, mais bon, c'est ce qu'il voulait.
J'ai en tête d'innombrables anecdotes sur cette tranche de vie. C'est drôle, de vous écrire tout ça, plein de choses me reviennent en mémoire. Mon père lui a fait arrêter la chanson en 1968, en disant à ses deux impressari (Jean-Pierre Panir et Bertal) qu'elle n'était pas disponible pour les dates proposées. Ils ont fini par ne plus appeler. Il considérait qu'à 42 ans, avec une fille mariée, elle avait passé l'âge de se produire en public. Très entre nous, je considère que mon père a brisé sa carrière. D'ailleurs, ma mère le lui a souvent reproché. Je crois qu'il se savait moins talentueux qu'elle et avait peur de la perdre. Ma mère était très belle et chantait réellement merveilleusement bien.
Elle avait un talent fou et savait ce qu'elle voulait, malheureusement, elle appartenait à cette générations de femmes dont le mari gère la vie, et elle n'a pas su (ou pas voulu) s'imposer.
Je l'ai vue (et pas qu'une fois) entrer en scène dans une salle houleuse (Kermesse de la Bière à Maubeuge, Salle des Fêtes à Bucaille, près de Boulogne) où tous les artistes refusaient d'aller chanter, et retourner le public dès sa première chanson. On n'entendait pas une mouche voler, et pourtant, c'étaient des public difficiles. Elle arrivait à les faire taire, à l'écouter, et ils lui faisaient une ovation. Ça, je l'ai vu à chaque fois. Elle avait un vrai talent, un vrai charisme.


D’autres souvenirs

Quant à mon père [Pierre Deguines (1922-2011)] il était instituteur, mais également l'accompagnateur au piano de ma mère. Il a travaillé dans l'orchestre de Jo Bouillon, avec Joséphine Bakker et il a crée l'orchestre Blue Melody (c'est comme ça qu'il a rencontré ma mère en 1948). Puis, il a dirigé l'orchestre du casino de Calais pendant de nombreuses années, après avoir animé le cabaret l'Oasis, juste en face du Casino.

Pierre Deguines (à gauche) et Lietta Freckal, studio BBC Radio
collection personnelle


Charly Yorel (de son vrai nom Charles Leroy), je l'ai très bien connu. Je l'aimais beaucoup. C'était un vieux garçon, mais il adorait les enfants, et il me fabriquait toutes sortes de petits objets rigolos et de très beaux dessins, ce pourquoi il était très doué. Il était calme et très pince sans rire. Impossible, à le voir, de deviner qu'il était capable de faire rire à ce point sur scène. Je le compare souvent à Jango Edwards, c'était le même genre de risque tout que rien ne démontait.


collection personnelle


On a dit qu'il s'était suicidé, mais il n'avait à ce moment, aucune raison de le faire : il avait une amie et ils devaient se marier. Mais c'était un bohème, un genre de professeur Tournesol, et son tuyau de gaz n'était pas sécurisé du tout. Ca a été un grand choc pour nous d'apprendre son décès. Je me souviens encore de son enterrement à Pont-de-Briques. Lui et puis Jean Jarett, qui était fantaisiste sur scène et entrepreneur des pompes funèbres le jour mais n'était jamais sérieux, même dans la vie. Je ne sais pas comment il faisant pendant les enterrements.
Et puis les clowns Gilmano et Vincetti, Jeany Stander, la présentatrice de tous ces spectacles, Nellos, agent de police hors de la scène, Emile Lamour, (nom de scène Gilbert Elmy) le ténor chéri de ces dames, André Culié, et par là-dessus, jamais bien loin, les frères ennemis du journalisme, Robert Lassus (Nord-Littoral) et Robert Chaussoy (dit File-Vite) pour la Voix du Nord. Et Ch'guss, et André Bal (devenu ensuite Tit Louis d'Peuplingues) qui jouait de la scie musicale, et ne manquait jamais de cracher dans un grand mouchoir à carreaux avant d'entrer en scène pour présenter les spectacles.
Et Serge Davri, comique complètement déjanté, qui venait souvent chez nous aussi. Lui, c'était quelque chose aussi. Quand il chantait je suis le maître à bord et se faisait sauter dans sa lessiveuse. Oh la la ! Il a répété ça souvent dans le jardin de notre maison. Ca déménageait !
Et Sacha Distel, grande vedette de l'époque, qui devait être un peu amoureux de maman (qui ne l'était pas ? Elle était si belle !) et qui la demandait toujours en première partie de ses spectacles. Après, il venait manger à la maison avant de rejoindre sa chambre au Meurice. Et j'était une petite fille très frustrée, parce que je ne pouvais pas le raconter à mes copines du lycée Sophie Berthelot ! Je l'avais fait une fois, et tout le monde s'était moqué de moi, personne ne m'avait cru. Et pourtant c'était vrai ! Sacha Distel était vraiment venu manger la veille au soir le civet de lièvre préparé par mon père. Que de souvenirs ! J'étais petite, puis adolescente, mais j'ai des images précises de tout ça, car c'étaient aussi des amis que mes parents recevaient volontiers chez eux .


Des enregistrements disparus

Ma mère a fait un disque dans les années 61-62. Il y avait 4 titres dessus (dont Ne me quitte pas, Chanson vagabonde, L'homme à la moto). La distribution de ce disque a été bloquée par Edith Piaf, qui ne faisait pas de cadeau à celles qui menaçaient de lui faire de l'ombre. Le disque n'a jamais dépassé le stade de la maquette, il n'y a même pas eu de pochette éditée. Ceci est véridique : Piaf faisait acheter les reportages réalisés sur ma mère afin qu'ils ne paraissent pas. Je me souviens de reporters de Paris-Match qui avaient passé plusieurs jours à Calais pour suivre la famille de Lietta Freckal au quotidien. Ils étaient venus à la maison, bien sûr, mais aussi à son travail, au Central Téléphonique, Boulevard Gambetta. Cet article, et beaucoup d'autres, n’ont jamais paru. J'étais petite, parce que j'avais perdu mes incisives devant, et ils m'avaient photographiée riant aux éclats, ça doit dater de 1955-1957. Elle a également fait une émission pour la télévision régionale en 1963 ou 1964. Elle y jouait le rôle d'une chanteuse de cabaret assassinée, dont un inspecteur de police tentait de trouver le meurtrier. Bien entendu, l’émission était émaillée de nombreux flash-back au cours desquels elle chantait, entre autres chansons, La Mama.
Quant aux bandes-son de concert, il n'y en a jamais eu, ma mère refusait qu'on l'enregistre. Si, peut-être une seule : une bande a été enregistrée lors d'une fête du 1er Mai au Parc Municipal de Calais. Je m'en souviens, parce que Robert Damien, batteur de l'orchestre Blue Melody, avait joué ce jour-là et il avait été tué le lendemain en démontant le podium. Il était électricien à la ville de Calais et c'était le cousin germain de maman, qui avait été élevée avec lui et qui avait été très choquée de cet accident. Je crois que c'était en 1958-1959. Il était le mari de Monique Damien, devenue ensuite Monique Dupont, et le père d'Eric Sprogis et d'Alain Damien qui ont tous deux dirigé le Conservatoire de musique de Calais. Une bande magnétique avait été réalisée, et mes parents en avaient eu une copie. J'ignore qui a conservé les autres copies et l'original.


*****
***
*



dimanche 2 avril 2017

Janine Toscane a disparu


Fin novembre 1953, Interpol lance un avis de recherche international pour retrouver la chanteuse lilloise Janine Toscane. D'après sa mère, elle aurait disparu au Venezuela. Elle logeait au Normandy Hotel de Caracas qu'elle a quitté sans laisser d'adresse. L'avis est repris en Tasmanie et à Singapour :

Hobart News                      The Straits Times



Qui est Janine Toscane ?


La revue Nord-France, 1er novembre 1952 :
"[…] La Lilloise Janine Toscane qui vient de remporter de flatteurs succès est en effet considérée, dans le Moyen-Orient, comme une des plus grandes vedettes de la chansons française. Paris commence à lui faire ses engageants sourires mais elle est déjà très connue en Egypte, au Portugal et en Italie : une preuve de plus que nul n'est prophète en son pays !
Comment du piano est-elle passée au chant ? C'est toute une histoire… que voici : Née à Lille*, Janine Toscane part habiter Marcq-en-Barœul dès son plus jeune âge. A 5 ans, son père lui apprend le solfège qu'elle connaît… avant de savoir lire et écrire. A 6 ans, elle suit les Cours Massenet à La Madeleine et, à 9 ans, les classes préparatoires du Conservatoire de Lille. A 10 ans, contrairement à tous les principes de la vieille maison, elle participe à une audition publique avec les élèves de la classe supérieure et joue le Rondeau de Chopin. Après avoir obtenu un premier prix de solfège à 11 ans et une première récompense** au piano à 14 ans, elle quitte le Conservatoire et l'évacuation de 1940 la mène à Paris. Là, elle retrouve son professeur lillois, M. Maurice Amour auprès de qui elle continue à travailler son piano. Elle fait alors la connaissance du compositeur aveugle René de Buxeuil et devient sa secrétaire.


extrait de Nord France
collection personnelle


Mais peu à peu, elle abandonne ses études de piano et prend des leçons de chant. Pour deux raisons : en premier lieu évidemment parce qu'elle a une jolie voix ; ensuite parce qu'elle a un caractère… indépendant et un peu aventureux. Les voyages, les changements lui plaisent et, en s'orientant vers le genre "Variétés", elle peut ainsi satisfaire son goût pour les pérégrinations.
Au début de sa jeune carrière, elle a naturellement l'idée de s'accompagner elle-même dans son tour de chant. Elle y renonce néanmoins rapidement car elle ne se sent pas assez en contact avec le public. "D'autre part, explique-t-elle, j'ai besoin de… mes mains pour chanter".

De la Suisse au Pérou
Après les traditionnelles tournées en province, elle se rend en Suisse, puis en Egypte où, arrivée inconnue, elle repart célèbre. Aux plus célèbres cabarets du Caire et d'Alexandrie succèdent ceux de Lisbonne, Madrid, Barcelone, Palma de Majorque, Milan et enfin, récemment, Paris. Elle s'apprête à s'envoler prochainement pour le Mexique et le Pérou. A moins que Paris, où on commence à l'apprécier de plus en plus, ne la garde.



Actuellement dans toutes les stations de métro, son nom est inscrit en grand pour annoncer sa présence dans un gala qui se déroulera le 8 novembre avec l'orchestre d'Eddie Warner.



collection personnelle



De sa  voix prenante, Janine Toscane interprète un répertoire varié qui va des chansons tendres "Si tu viens danser dans mon village", "Un gamin de Paris" (qu'elle a créées) aux chansons teintées de réalisme "Gigi", "Hymne à l'amour", et qui se termine par le cri déchirant de "Jézabel".
Ses projets ? Elle compte abandonner assez souvent le cabaret pour se consacrer aux galas scèniques, aux enregistrements de disques et à la radio […]. Robert Diligent"


extrait de Nord France
collection personnelle



Epilogue
Ses parents ont certainement été rapidement rassurés, leur fille a été retrouvée. Elle épouse un industriel italien, Mario Isastia-Henriquez au Mexique en novembre 1954 et abandonne sa courte carrière de chanteuse.
Jeannine obtient le divorce en 1972, elle est alors domiciliée à Laval au Québec, je ne sais pas, encore, ce qu'elle est devenue. Mario décède à Palm Beach en 1996.


 
 Jeannine et Mario

Janine Toscane
collection personnelle



Notes

* le 11 août 1925, Jeannine Madeleine est la fille de Jean, ajusteur, et Agnès Comyn, rattacheuse, domiciliés boulevard Montebello.

** un premier accessit. En août 1940 elle participe au concours public de la classe supérieure de piano, mais n'obtient pas de prix. Une mention manuscrite sur le programme que je possède nous précise que si elle joue bien la Ballade de Debussy, elle patauge dans la Toccata de Saint-Saëns.



vendredi 24 mars 2017

Mary-Lyse, chanteuse roubaisienne


photo Jérome, Paris
collection personnelle


Fernande Desbarbieux est née à Roubaix le 5 mai 1923. Ses parents sont ouvriers d'usine, le père conducteur de machines et la mère ourdisseuse, tous les deux de familles roubaisiennes. Fernande fait ses études à l'école de filles de la rue Gambetta, elle obtient son certificat d'étude en 1935. Elle poursuit ses études à l'Ecole Pratique de Commerce et d'Industrie de Roubaix. Elle est encore écolière quand elle participe à son premier crochet (concours de chant) organisé par le Sport Ouvrier Wattrelosien, je n'en connais pas le résultat, mais elle chante en public pour la première fois deux mois plus tard à Flers, pour l'Amicale laïque. Elle n'a pas 15 ans. Elle se produit ensuite à Mons-en-Barœul en février et en mai 1939. Elle interprète un répertoire de chant lyrique : La rose de la Lande de Schubert, la Berceuse de Mozart et Paysage de Reynaldo Hahn.

collection personnelle

Elève au Conservatoire de Roubaix, elle se produit lors des examens et concours en juin et juillet 1939. Elle ne semble pas avoir obtenu de prix. Ayant déjà comme projet de faire du chant sa profession, elle s'inscrit à une émission proposée par la Radio PPT Nord, Conseils et essais pratiques au micro pour chanteur, en juillet 1939. Trois mois plus tard elle compose la musique d'une chanson sur les paroles du chanteur roubaisien Robervyl : La Marche des Sapeurs qu'il interprète début novembre 1939, lors de manœuvres militaires quelque part en France. Elle compose, en novembre 1940, La Marche des élèves mécaniciens, en hommage à l'école Hanriot à La Rochelle. Au début de la guerre elle apporte son soutien aux familles des prisonniers en chantant régulièrement pour le Comité d'entraide. Elle est désormais connue sous son pseudonyme Mary-Lyse, qualifiée sur les programmes de chanteuse à voix ou chanteuse d'opérette. En juillet 1942 elle assiste aux galas du Café du Bazar à Roubaix, avec aux programmes la grande chanteuse de l'époque Elyane Célis et la chanteuse Luce Bert à qui elle fait part de ses projets de carrière dans la chanson.

Journal de Roubaix


1942
Collection personnelle


Cependant elle continue de se produire dans les galas de bienfaisance pour les prisonniers et les anciens du 100e RI. En février 1943 elle reçoit sa première convocation de l'agence Nord-Spectacles de P. Laborde-Bertal pour signer des contrats d'artistes. Elle doit se produire à Tourcoing (Grand Café), Lys les Lannoy, Roubaix (cinéma Noël) et à Rosendael (café Arcier). Ce tournant professionnel se fait après un évènement artistique rare à Roubaix, la première d'une opérette au Grand Théâtre, Rêve de Gitane, le 26 février 1943, dont la musique est de René d'Archambeau, un compositeur belge de Verviers et c'est à ce compositeur qu'elle demande de mettre en musique un de ses poèmes, Simple aveu, en mars 1943.


collection personnelle


Mary-Lyse compose au piano
collection personnelle


Très satisfait du résultat, René d'Archambeau lui demande aussitôt d'autres poèmes et lui propose même d'éditer la partition en petit format, qu'il est prêt à financer. Je ne sais pas si Mary-Lyse y a donné suite. Les contrats se succèdent et Mary obtient sa carte professionnelle du Syndicat des Artistes de Variété, document indispensable pour se produire à cette époque très règlementée, ainsi que sa carte d'identité professionnelle.


collection particulière


La rencontre avec Luce Bert en 1942 a été bénéfique. C'est sur sa recommandation qu'elle demande au chanteur Marcel Malloire, secrétaire de Vincent Scotto, de lui faire des orchestrations de chansons. Ces partitions sont indispensables pour se produire dans les cabarets parisiens. Accord immédiat de Malloire, il lui fait un devis de 390 francs pour 6 chansons. Marcel Malloire (1889-1959) est l'époux d'Yvonne Thomson (1895-1970), accordéoniste, pianiste et compositrice, c'est certainement elle qui a fait ces orchestrations. Grace à la facture détaillée envoyée par Malloire nous connaissons précisément le répertoire de Mary-Lyse à cette époque. Les orchestrations ont été faites sur ces chansons : Tu m'apprendrasTout en flânantC'était pour rireBonne nuit, maman (Gute nacht, mutter), Les fleurs sont des mots d'amour, et Une charade, qu'elle chante un ton plus haut que Danièle Darrieux.
D'avril à septembre 1943, Mary-Lyse se produit régulièrement, à Béthune (Evo Dancing), Lille (Cabaret Ali Baba), Armentières (Café de la Paix), Roubaix (cinéma Royal-Leleu), Tourcoing (Grand Café), Rosendael (à l'Hippodrome), Valenciennes, (le Savoy), Roubaix (cinéma Renaissance), Montreuil-sur-Mer (Electric Ciné), Saint-Pol-sur-Mer (café Garein), Hénin-Liétard (au Capitole), Armentières (café de l'Harmonie), Bruay (Casino Palace), Chimay (Casino Palace) et à Calais (Ciné Pax). Son cachet évolue lentement, de 400 F pour les premiers contrats, il tourne ensuite autour de 5/600 F, avec parfois des contrats de plusieurs tours de chant par jour pour 1.000 F et 2.200 F à Calais pour 3 représentations sur 2 jours. Les frais de déplacement et d'hôtel étant à la charge de l'organisateur.

contrat Nord-Spectacles
collection personnelle

En septembre 1943 elle reçoit une lettre de l'agence parisienne Dhomont qui lui demande des photos et prend un rendez-vous pour rencontrer des directeurs de cabaret, l'agence lui propose, pour la fin du mois, une audition au Théâtre de l'ABC, le célèbre Music-hall inauguré en 1935 où se produisent les plus grands artistes de l'époque (Marie Dubas, Frehel, Edith Piaf, Charles Trenet, etc.). En octobre André Dhomont, directeur de l'agence, devient son agent exclusif pour deux ans et lui fait signer un contrat pour ce théâtre, contrat qui est mentionné dans un courrier, mais n'a pas été conservé. Le même jour elle reçoit une lettre du chanteur Firzel, originaire de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il lui signale son passage à Lille, au cabaret Le Coucou, lui demande une photo et transmet un contact à Reims pour un contrat. Son agent parisien lui trouve un contrat d'une semaine au cabaret Le Chapiteau, 1 place Pigalle, à Paris.

Paris Soir, 10 octobre 1943
source : Gallica

Pendant qu'elle est à Paris, elle participe au tournage du documentaire de P. E. Decharme, Vive la mariée, elle touche 1.000 F de cachet. Le négatif sur nitrate est conservé au Centre National du Cinéma à Bois d'Arcy, mais n'est pas consultable. Toujours à Paris, elle se produit 12 jours au cabaret Le Doge, rue Volney, pour 6.600 F, deux passages par jour en soirée, relâche le dimanche. En novembre Firzel lui écrit qu'il est déçu de ne pas l'avoir vue lors de son séjour parisien et l'invite à déjeuner lors de son prochain passage… Le 30 novembre 1943 elle signe un contrat d'enregistrement avec la Société Polydor, représentée par Jacques Coulon, d'une durée de 6 mois, pour un minimum de 2 enregistrements, 400 F par face, à diviser par le nombre de musiciens. En décembre elle est à Bruxelles au cabaret Le Passe Partout, 14 jours à 1.000 F par jour. A son retour elle reçoit une proposition d'enregistrement de la Société des Editions Continentales pour enregistrer, sur un disque souple, des chansons de son répertoire. Le 21 décembre elle signe un contrat pour le cabaret de Suzy Solidor par l'intermédiaire de l'agence Dhomont pour un mois de représentations à 500 F par jour. Le 4 janvier 1944 elle se fait faire un portrait chez le photographe Jérome à Paris (c'est celui qui est au début de cette page). En février l'agence Dhomont lui propose un rendez-vous avec le cinéaste Marc Allegret pour un projet de film et le 10 elle reçoit une invitation à ce rendre à Radio-Paris pour une audition. Ce mois de février voit les contacts professionnels affluer, le colonel Vidal (futur agent artistique de Dalida) la remercie, par l'intermédiaire de Dhomont, pour un envoi (une photo ?), Louis Gasté (futur époux de Line Renaud) lui écrit pour demander l'adresse de ce colonel et le compositeur Louiguy lui signale la perte de plusieurs partitions qu'il lui avait fait parvenir par l'intermédiaire d'un ami commun.
Mais l'ambiance parisienne au moment de la Libération n'est sans doute pas favorable à la carrière d'une jeune artiste. Mary-Lyse revient à Lille, elle fait faire plusieurs photos chez R. Vermesse, successeur de B. Mischkind à Roubaix et la radio de Lille la contacte pour lui proposer de passer à l'antenne. Puis les demandes de concert recommencent à arriver : à Roubaix puis à l'Université de Lille, pour les Forces Unies de la Jeunesse Patriotiques, où elle retrouve son ami Robervyl.


affiche, collection personnelle


En mars elle est engagée par la nouvelle agence "Art et Jeunesse" de Bibos et Edouard Rombeau, pour des contrats à Lille, Orchies et Roubaix. En 1945 et 1946 elle fait plusieurs passages à Radio Lille. Elle chante aussi pour les associations d'anciens prisonniers de Roubaix et en 1949 pour les ingénieurs des Mines à Billy-Montigny. En août 1950, Nord Matin signale sa présence en vacances à Eppe-Sauvage. Je relève encore quelques concerts à Flers-Breucq et à Bavay pour les anciens prisonniers de guerre. Le dernier concert connu a lieu en mars 1951 à Bavay, puis il n'y a plus de trace de prestations dans le fonds d'archives personnelles acheté, il y a longtemps, sur une brocante, à sa belle-fille qui a eu la très bonne idée de ne pas détruire ces souvenirs. Qu'elle en soit vivement remerciée.

Christian Declerck


en concert, sans doute à Bavay, vers 1950
collection personnelle

****

Mary-Lyse 1923-1998
photos de Robert Vermesse, portraitiste à Roubaix
collection personnelle







mercredi 1 mars 2017

Sylvie St Clair




vers 1938, collection personnelle


Une Dunkerquoise
Nelly Chauveau est née le 14 avril 1913 rue de la Marine où son père a transféré le magasin de cycles (il est agent de la marque Alcyon) qu'il avait fondé 18 rue Saint Jean trois ans plus tôt.
Sa famille est présente à Dunkerque depuis la fin du siècle précédent. Son grand-père, cantinier au 1er régiment d'artillerie, meurt à Dunkerque en 1895. Un oncle de son père était musicien à Dunkerque vers 1888, année de son mariage avec une Dunkerquoise.



Enfant, elle subit l'évacuation en 1917 qu'elle évoque dans un interview, puis la famille revient à Dunkerque ; sa sœur, Jacqueline, y est née en 1924. On sait que Nelly fait ses études au collège Lamartine, qu'elle est particulièrement douée pour le dessin, elle s'est inscrite à l'école des Beaux-Arts de la ville, et le théâtre. La famille déménage à Paris à la fin des années vingt. Nelly découvre la vie parisienne, les cabarets, les boîtes de nuit, le théâtre, elle continue ses études artistiques et devient dessinatrice, c'est la profession qu'elle déclare lors du remariage de sa mère en 1934, ses parents ont divorcé en 1931. Son père se remarie à Paris en 1936, il décède quelques mois plus tard. Les deux sœurs sont adoptées par le mari de leur mère, Emile Montel-Saint-Paul en 1939.
Mais avant ces évènements familiaux Nelly a trouvé sa vocation. Elle a réussi à pénétrer les réseaux du théâtre parisien. Un responsable du théâtre de La Madeleine lui propose d'intégrer la troupe qui se produit à bord du paquebot Normandie. Elle embarque au Hâvre le 8 mai 1936 avec une vingtaine de comédiens professionnels renommés, tel Marcel Dalio (qui vient de jouer dans le film Pépé le Moko) et Robert Trébor, le directeur du Théâtre Michel et ami de Sacha Guitry.

New York
La ville l'émerveille, elle est fascinée et refuse de retourner en France, malgré l'absence de visa d'immigration, inconsciente des risques. Ses amis du Normandie auraient demandé au consul de France de veiller sur elle. Elle trouve un engagement de trois semaines à l'Hôtel St Régis, au cabaret La Maisonnette Russe, elle y est tellement appréciée qu'elle y reste trois mois et y retourne à bord du Champlain en septembre 1936, avec un visa cette fois.
En juin 1938 elle est au Canada, elle a obtenu un engagement au Cabaret Chez Maurice, un grand cabaret de Montréal situé dans la rue Sainte Catherine, elle est au même programme que Tristan Bernard. En décembre 1938 elle est à Philadelphie au Cabaret Embassy.



Rainbow Grill janvier/février 1942



En 1939 elle se produit au Brevort Super Club de New York puis obtient un engagement en novembre 1941 au cabaret Rainbow Grill, annexe du Rainbow Room, salle de bal située au 65e étage du Building Rockefeler. En 1943 elle chante au cabaret Paris Qui Chante à New York. C'est à cette époque qu'elle rencontre le pilote de la RAF Bevis D. Davies qui devient son époux. En 1944 elle embarque pour Liverpool à bord de l'Axel Johnson et s'engage à Londres dans l'ENSA (Entertainments National Service Association), une association qui organise des spectacles et des concerts pour les troupes anglaises.

Londres
Dès juin 1945 elle se produit sur les ondes de la BBC, dans une production de l'ENSA. Ensuite elle est régulièrement invitée dans Variety Band Box, une émission destinée aux militaires.

Alexandra Herald and Central Otago Gazette 1946


En février 1946 c'est la sortie du film Caravan d'Arthur Crabtree, elle y tient un petit rôle aux côtés des stars du film, une servante outragée qui jure en français !



  des extraits du film



La même année elle enregistre quelques disques 78 tours pour DECCA à Londres : Ah le petit vin blanc / Take it away ; Coax me a lttle bit / C'est pas tous les jours dimanche ; No can do / I'm so all alone.

collection personnelle


U. S. A. / Paris / Londres / U. S. A. 
Après un bref retour en France, en mai 1947, pour des prestations dans une revue au Théâtre des Célestin à Lyon. New York l'appelle de nouveau, elle embarque à bord du Queen Elisabeth à Southampton le 27 août 1947. En novembre elle est engagée par la société DuMont, fabricant et producteur de télévision, pour animer sa propre émission, Café de Paris, sur la chaîne WABD. Son style original qui tranche avec la concurrence, ne semble pas du goût des critiques qui n'apprécient pas sa désinvolture, sa spontanéité et son humour. Néanmoins elle est The New Look in Television.

 
Radio Daily 1947 / Radio Mirror 1948



la java des matous

En 1948, elle enregistre deux chansons (La Polka des Fatigués et la Java des Matous) de Michel Emer, avec qui elle se produit sur la Riviera française au cours de l'été. L'épisode DuMont durera jusqu'en mars 1949, elle quitte la chaîne pour des raisons… financières et retourne sur la scène, en avril elle se produit à Montréal et en mai elle est invitée à chanter pour le mariage de Rita Hayworth et Aly Aga Khan à Vallauris. En novembre elle est interrogée comme témoin dans l'affaire de la rue Jean-Mermoz, le meurtre de son ami, et soupirant, Edward de Muralt, un Australien qui est tué par trois militaires. Elle a profité de sa présence en France pour trouver quelques contrats dont le Boccacio, boulevard des Capucines, à Paris. Puis elle retourne à Londres pour se produire dans la revue Latin Quarter jouée au théâtre du London Casino avec les Compagnons de la Chanson, alors au début de leur carrière.

collection personnelle


1950-1951 elle est à Londres, régulièrement invitée par la BBC Television. En 1952 elle retourne aux U. S. A. et on la retrouve à Los Angeles, à Hollywood précisément, où elle vit une relation, qualifiée de "romance torride" par la presse, avec l'écrivain français Pierre La Mure, auteur du roman Moulin Rouge dont s'inspire le film qui obtient 2 oscars en 1953.
Durant ces années 1950, on ne trouve pas de mention dans la presse d'une activité artistique publique. Seulement le dépôt de plusieurs chansons relevées dans le Catalogue des Copyrights. En 1955 sa mère décède à Nice et son père adoptif en 1957, elle hérite des terrains agricoles situés à Courtisols dans la Marne. En 1958 elle participe à un disque de musiques et chansons 1900*.



trois chansons extraites du LP La Moustache de Papa


En mars 1959 elle invitée au jeu télévisé de Groucho Marx, You bet your life. Dans les années 1959-1960 elle participe au USO Tour (United Service Organizations). En 1961 sort un court métrage du cinéaste Arcady, l'Ondomane, où elle est la partenaire du réalisateur, ce film obtient un prix au festival de Tours en 1962. Cette année là elle enregistre aux Etats Unis un disque 33 tours de Fables de La Fontaine en anglais et en français, dont elle a fait les traductions et la musique interprétée par deux musiciens réputés, Robert "Bob" Dorough et Al Schackman, on peut l'écouter ici. Elle anime ensuite une émission régulière destinée aux enfants sur WBAI à New York, ainsi que son émission Sylvie by Night diffusée à Philadelphie.
D'avril à juillet 1966, retour à Londres, à la BBC Home Service pour Sylvie by Day. Ensuite, d'après le témoignage de Bob Dorough, elle aurait eu une liaison amoureuse avec un saxophoniste de jazz, qu'elle a aidé, vainement, à surmonter sa dépendance à la drogue. Puis elle aurait vécu quelques années avec le producteur Harley Usill, fondateur du label Argo Records, ils venaient régulièrement rendre visite au couple Dorough à Poconos (Pennsylvanie), on est alors dans les années 1970/1980. Harley décède à Londres en 1991,  Sylvie est morte à New York en 1996.

Christian Declerck

Sources : Etat civil, Dunkerque-Sports, Ancestry.fr, FamilySearch.org, Archives.org, The Brooklyn Daily Eagle, The Montreal Gazette, Variety Magazine, The Miami News, The New York Evening Post, Alexandra Herald and Central Otago Gazette, The Bilboard Magazine, Image et Son, Programme WBAI, Genome.ch.bbc.co.uk, Qui ? Détective, Radio Mirror, Sponsor Magazine, Radio Album, Broadcasting Magazine, Florence Morning News, New York Magazine, Catalog of copyright entries, Catalogue DECCA, Bibliothèque municipale de Lyon et collection personnelle.
Mes remerciements à Jean Poirriez et Michel Steylaers pour leurs traductions.


*
La Moustache de Papa, produit par Larry Shushan, Babary Coast Records, BC33018
Musiciens de l'orchestre :
Violons : Elliot Fisher, James Getzoff, Mme Elizabeth Waldo, Richard Bailey.
Trompettes : Jerry Rosen, Manuel Steven
Trombone : Harold Diner
Clarinette basse et clarinette : Lewis Ellenhorn
Clarinette : Morris Bercov
Flûte : Burnett Atkinson
Basson : Howard Terry
Flûte et clarinette : Mahlon Clark
Piano : Maurice Ellenhorn
Accordéon : Gene Garf
Basse et tuba : Ray Siegel
Percussion : Chester Ricord
Direction : "le prof. Pierre Chatouille"


******
***
*
Généalogie de Nelly Chauveau
recherches personnelles


Les liens que vous avez manqués :

- l'ENSA
La moustache à papa (paroles et musique Sylvie St Clair)
- The Grasshopper and the Ant et autres fables de Jean de La Fontaine